Ibiza

Publié le 20 janvier 2026 à 12:41

Juan, 2022

Il lit face à la mer, à l’heure où l’île se tait enfin.

Derrière lui, tout ce qui déborde s’est retiré. Les corps ont quitté le sable, les voix se sont dissoutes, les routes se sont vidées. Il ne reste qu’un rivage calme, presque nu, et cette lumière basse qui transforme tout en contours essentiels.

Le livre est posé entre ses mains comme une manière de rester. De ne pas repartir tout de suite. Il lit lentement, non pour comprendre, mais pour ralentir ce qui en lui a trop couru. Chaque phrase agit comme un pas en arrière, loin de ce qui s’agite, loin de ce qui attire.

Il connaît ce lieu. Il sait ce qu’il devient quand il s’embrase, quand il promet trop, quand il avale les nuits et recrache des corps épuisés. Mais à cette heure-là, il est autre. Plus vrai. Plus juste. Presque habitable.

Lire ici, c’est refuser la surface. C’est choisir le retrait plutôt que la scène. Le livre ne concurrence pas la mer, il l’accompagne. Il ne comble pas le silence, il le respecte.

Quand il lèvera les yeux, la lumière aura encore baissé. Le monde reprendra plus tard. Pour l’instant, il reste assis, immobile, à l’endroit exact où l’île cesse d’être une promesse et redevient un lieu.

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